journée des chrétiens en fête à Nice

J’ai tenu à participer à cette journée parce qu’à titre personnel, je suis traversé par un sentiment religieux et par la conviction d’être accompagné et soutenu au quotidien par quelque chose ou quelqu’un de plus haut que moi qui dicte une conduite que je crois juste. Cette transcendance fixe une manière d’être au monde et aux autres et conforte mon engagement politique et ma volonté de servir.

En tant que citoyen et au-delà de mes convictions personnelles, je souffre comme un nombre infini d’hommes et de femmes sur la terre, du choc des religions dont nous sommes tous victimes.

La mondialisation crée des effets pervers : alors qu’elle réunit les hommes et dessine une unification souvent positive, elle exacerbe les identités et crée des crispations dramatiques.

La longue histoire tragique entre les dieux et la guerre se poursuit. Partout dans le monde, les minorités religieuses sont visées et particulièrement en ce moment la communauté des chrétiens, où qu’elle soit parce qu’elle représente aux yeux de nos ennemis aveuglés un occident accusé de tous les maux.

En tant qu’homme, en tant que citoyen, en tant que chrétien, en tant que personne publique élue dans un pays démocratique, je veux dire l’importance fondamentale du dialogue interreligieux et du débat inter-convictionnel. Je veux dire le rôle de l’éducation et de la citoyenneté dans l’acceptation des différences. Ensemble, trouvons la force d’insister sur ce qui nous rapproche et non sur ce qui nous éloigne. Si nous sommes tous enfants de Dieu, il n’y aura que l’Amour pour sauver le monde.

Et pour nous tous… ce magnifique texte de Voltaire qu’il est plus que jamais important de relire – extrait de Traité sur la Tolérance. Le fait qu’il ait été écrit à l’occasion du procès de Calas, protestant accusé à tort, me touche particulièrement en tant que protestant pratiquant.

Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui a tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à tes yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.

Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.

Voltaire, Traité sur la tolérance, Chapitre XXIII